
Le bref discours de Jean Métellus à l'occasion de la remise du Grand Prix de Poésie
La Société des Gens de Lettres vient de m'honorer en m'attribuant le Grand Prix de Poésie 2007 pour l'ensemble de mon œuvre à l'occasion de la parution de "La Peau et autres poèmes" chez Seghers et de "Voix nègres, voix rebelles, voix fraternelles" au Temps des Cerises.
Cette distinction me touche pour plusieurs raisons : d'abord cette Société a été fondée par deux hommes qui ont toujours compté pour moi, par Balzac, le romancier par excellence et par Hugo, le poète, romancier, l'homme de théâtre, ensuite cette distinction qui vise dans son libellé le poète rend hommage à l'ensemble de mes écrits qui ont tous été cousus par la fibre poétique : romans, théâtre, essais ont tous été abreuvés par la sève poétique, enfin ce prix me rappelle que toute l'œuvre poétique parfaitement singulière que j'ai élaborée, a été réalisée à partir d'Haïti, de mes maîtres Anténor Firmin, Louis-Joseph Janvier, Jean Price-Mars, Senghor, Aimé Césaire, Maurice Nadeau et d'une immense solitude qui me tenaillait dans les hôpitaux parisiens où j'apprenais mon métier de médecin. Car dans mes romans, mes pièces de théâtre, mes essais, mes poèmes, Haïti très visiblement ou implicitement reste la source ou comme je l'ai dit dans "la Famille Vortex" : la matrice.
C'est toujours de loin que j'entre en communion avec mon île natale, elle nourrit mes fantasmes, mes rêves, mes prières, mes promenades, mes recherches sur le langage normal ou pathologique de l'enfant ou de l'adulte, sur la mémoire mais surtout elle irrigue mes poèmes.
Tout dans mes écrits les plus récents et malgré la distance, l'éloignement, les tribulations de toutes sortes continue de dire ma fidélité, mon attachement à cette terre natale qui représenta en d'autres temps un espoir pour les noirs du monde entier et parfois un refuge pour certains conventionnels français ou pour les libérateurs de l'Amérique Latine.
Haïti, malgré les vicissitudes historiques reste pour moi le motif premier - au prix d'une solitude parfois indescriptible - de ma fierté de nègre debout.
Je dois vous avouer que ma filiation dans la langue française remonte à Rousseau quand mon père m'a remis - j'avais 14 ans - l'exemplaire des Confessions qu'il avait conservé dans sa bibliothèque. Depuis la langue de Rousseau reste ma langue paternelle et maternelle d’écrivain.
Mais que je parle de la Peau humaine quelle que soit sa couleur, des chiffres,
de l'arc-en-ciel, du sommeil et du travail, toujours Haïti est là au cœur de ma féerie, de mon
émerveillement, de ma liberté.
Jean Métellus